artificiel: Non de nom [2]
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Non de nom [2]
de Line Nault
avec la collaboration d’Alexandre Burton (artificiel)
au développement technologique

carnet de travail
[2020/11/12 - 2020/12/12]
agora de la danse, Montréal

préparé par Ariane Plante
date de publication: 2021/01/05


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Deuxième tableau
L’ESCALIER : LE REFUS SOLENNEL DES CODES
OU L’ÉCLATANTE AMBIVALENCE DU DEDANS ET DU DEHORS

Ce que l’on cherche

Dans le tableau de la craque, c’est le mur que l’on traverse, ou que l’on fait tomber. Ici, dans l’escalier, on fait volte-face pour se retrouver devant le miroir : devant le soi et le non-soi, devant l’image de ce que l’on est véritablement dans l’essence, celle que l’on projette, celle que l’on souhaite offrir à l’autre, puis celle que l’autre veut bien se faire de nous.

Il y a quelque chose de l’ordre de se donner, s’offrir en tant que surface-interface, une sorte de transmission de soi, dans un contour glamour et parfait, sans être caricatural.

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Tour à tour, les protagonistes descendent l’escalier, lentement : tantôt vêtus d’une robe iridescente, tantôt couverts d’un sac de couchage, ou encore totalement nus. Ils déploient avec finesse gestes et mouvements, contorsions soutenues exigeantes et glissements légers, ici le visage clos et là, le sourire radieux. Trois états d’être cohabitent : « sembler être » (dans le cas de couchage), « être » (nu), « vouloir être » (robe).

L’on cherche à développer la texture, les contrastes des mouvements et des états, soutenir l’aspect performatif dans la continuité, sur la durée, sans en faire un numéro.

Ils s’appliquent à montrer leur vérité dans leur manière d’être et d’habiter le moment présent, l’insaisissable, la couche derrière le réel, le décalage, ce qui reste d’ordinaire invisible.

Finalement, la surface se retourne, volte-face : le miroir devient le soi, nous ne sommes plus devant le miroir, nous sommes le miroir, à la fois le miroité et le miroitant.

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Un aller-retour perpétuel se trace entre leur intériorité et leur extériorité, entre leur regard intérieur et leur projection dans le monde. Le soi qu’ils dévoilent se révèle dans sa dimension subjective. La lenteur permet de décortiquer l’instant et les états, comme un film au ralenti nous fait voir des détails qui auraient échappé à notre attention autrement.

L’intérieur et l’extérieur se superposent et c’est précisément de là que la vérité jaillit, dans cette coexistence de deux regards, dans leur apparition et leur disparition, dans leurs enchevêtrements.


L’appui technologique :
lutherie numérique, image médiatisée et interactivité

La technologie permet la surimposition des différents regards, des états d’être. L’image médiatique retransmet les trois états performés (robe, sac de couchage et nu) et leur permet d’exister ensemble.

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Du point de vue du spectateur, la technologie sert à synchroniser la performance de la descente en rendant manifestes les trois états simultanément : ce que « tu sembles être » (la descente dans le sac de couchage), performé en direct, et ce que « tu es » (la descente nue), tourné antérieurement, se surimposent l’une à l’autre, en temps réel dans la projection en arrière-plan de l’escalier placé dans l’espace. Pendant ce temps, ce que « tu voudrais être » (la descente avec la robe), est diffusé, synchrone, sur le petit écran placé en exergue de l’espace. Deux algorithmes agissent pour permettre la fusion des deux images assemblées dans la projection : un qui découpe les contours du corps nu de la captation vidéo, puis l’autre qui fait la composition en mode fusion. Ce dernier effet a été programmé sur mesure pour le projet, afin de répondre à ce désir de créer une relation entre les deux états d’être, entre la performance nue et celle dans le sac de couchage.

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« L’intériorité et l’extériorité : le visage-fenêtre.
Illuminé de l’intérieur, l’escalier est une surface.

Le visage des interprètes est aussi une surface.
La lumière jaillit depuis l’intérieur.
Elle naît de la profondeur
Pour dévoiler l’ambiguïté et l’ambivalence entre l’être et le paraître.

L’intention et la projection.
Le vu, le donné et le perçu.

Joie dans l’extériorité, refus des codes imposés dans l’intériorité.
Enchevêtrement et foisonnement du sens, de l’être.
Rencontre du soi et du non-soi.
Se laisser deviner.
Le froufroutement des robes
Comme un soi, dans ses plis et replis. »
— Ariane Plante

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